Charpente Traditionnelle

Construire un carport en bois : la charpente pas à pas

Construire un carport en bois : démarches, pieds de poteaux, poutres, contreventement et toiture. La charpente expliquée étape par étape, kit ou sur mesure.

Jean-Paul Lefèvre5 novembre 202610 min de lecture
Construire un carport en bois : la charpente pas à pas

Un carport en bois, c'est un toit sur des poteaux, ouvert sur les côtés, qui protège la voiture de la pluie, de la grêle, du soleil et des feuilles. Rien de plus simple en apparence. Pourtant, construire un carport en bois qui reste droit, qui ne prend pas l'eau et qui ne s'envole pas au premier coup de vent demande de respecter quelques règles de charpente. Que vous partiez d'un kit ou d'une construction sur mesure, ce guide déroule les étapes dans l'ordre du chantier : le choix de départ, les démarches, les fondations, la structure, le contreventement, la couverture, puis l'entretien. À chaque étape, il signale les erreurs qu'on voit le plus souvent.

Adossé ou autoportant : le premier choix

Avant tout, décidez si votre carport sera adossé à la maison ou autoportant.

Le carport adossé s'appuie d'un côté sur le mur de la maison, par une pièce de bois horizontale fixée au mur, la muraillère, et de l'autre sur une rangée de poteaux. Il demande moins de poteaux et se prête bien à une toiture à une pente qui s'écarte de la façade. En contrepartie, il impose de percer le mur, de vérifier qu'il est porteur et sain, et de soigner l'étanchéité entre la toiture et la façade.

Le carport autoportant repose entièrement sur ses propres poteaux, au moins quatre, souvent six pour une place double. Il peut se placer n'importe où sur le terrain et ne touche pas à la maison. Sa stabilité repose entièrement sur sa structure et son contreventement, ce qui demande un peu plus de soin dans la conception.

Le choix dépend de l'emplacement, de l'accès à la maison, de l'aspect recherché et de la nature du mur disponible. Un mur en blocs creux, un enduit fragile ou un mur isolé par l'extérieur compliquent beaucoup l'adossement.

Les démarches avant de commencer

Un carport crée une emprise au sol, même s'il n'est pas fermé. Selon sa surface, il relève d'une simple déclaration préalable ou d'un permis de construire, et dans certains secteurs aucun seuil ne dispense de formalité. Renseignez-vous en mairie avant d'acheter quoi que ce soit.

Consultez aussi le plan local d'urbanisme. Il peut imposer des distances par rapport aux limites de propriété et à la voie, une hauteur maximale, une pente ou un matériau de couverture, voire une couleur. En lotissement, le règlement peut ajouter ses propres règles. Enfin, pensez aux réseaux enterrés avant de creuser les fondations, et à l'écoulement de l'eau de pluie, qui ne doit pas finir chez le voisin.

L'implantation et le traçage

Un carport se trace comme une petite maison. Matérialisez l'emprise au sol avec des chaises et des cordeaux, vérifiez l'équerrage en mesurant les deux diagonales, qui doivent être égales, puis repérez l'emplacement exact de chaque poteau. Prévoyez assez de largeur pour ouvrir les portières sans heurter un poteau, et assez de hauteur pour un véhicule haut ou un coffre de toit.

Pensez au sol sous le carport. Un sol en gravier stabilisé, en dalles ou en béton drainant évite la boue. Ce sol doit avoir une légère pente vers l'extérieur pour ne pas retenir l'eau qui rentre de biais par temps de pluie.

Les fondations et les pieds de poteaux

Chaque poteau descend ses charges au sol par une fondation : le plus souvent un plot de béton coulé dans un trou, assez profond pour être à l'abri du gel et assez large pour ne pas s'enfoncer. Sur un terrain meuble, en pente ou remblayé, la profondeur et la taille des plots augmentent, et un avis professionnel est utile.

La règle d'or concerne la jonction entre le poteau et le plot : le bois ne doit jamais toucher le sol ni être noyé dans le béton. Un poteau enterré ou bétonné reste humide en pied et pourrit en quelques années, exactement là où il travaille le plus. On utilise donc un pied de poteau métallique, scellé dans le plot ou fixé dessus par chevilles, qui tient le bois surélevé au-dessus du béton et laisse l'eau s'écouler. Certains modèles permettent de régler la hauteur, ce qui facilite la mise à niveau.

Le haut du plot doit être légèrement au-dessus du sol fini, pour que les éclaboussures et l'eau stagnante n'atteignent pas le bois.

Le choix du bois

Un carport vit dehors, exposé à la pluie, au soleil et aux écarts d'humidité. Le bois doit donc être adapté à une classe d'emploi extérieure. Le douglas et le mélèze, utilisés purgés d'aubier, résistent naturellement bien. Le pin traité par autoclave est une solution économique et courante. Le chêne convient aussi, mais il est lourd et ses tanins tachent les supports métalliques.

Pour les poteaux et les poutres principales, préférez du bois sec, droit et sans gros nœuds dans les zones d'assemblage. Le lamellé-collé, plus stable, se déforme moins et se fend moins qu'un gros bois massif. Coupez proprement et traitez toutes les coupes faites sur chantier avec un produit adapté, car c'est par elles que l'eau entre.

Poteaux, poutres et pannes

La structure d'un carport se lit de bas en haut. Les poteaux portent des poutres horizontales, appelées sablières ou longrines, qui courent sur la longueur. Ces poutres portent à leur tour les chevrons ou les pannes qui reçoivent la couverture.

La liaison poutre sur poteau se fait de plusieurs façons. La poutre peut reposer en tête de poteau, dans une entaille ou sur une ferrure. Elle peut aussi être prise en moise : deux pièces jumelles boulonnées de part et d'autre du poteau, ce qui donne un assemblage simple et très solide. Utilisez des boulons traversants avec rondelles larges plutôt que de simples vis, et des quincailleries protégées contre la corrosion.

Les sections dépendent de la portée entre poteaux, de la couverture et de la neige de votre région. Un kit sérieux les indique, et un charpentier les calcule pour un sur-mesure. Plus on espace les poteaux pour faciliter les manœuvres, plus les poutres doivent être hautes.

Le contreventement, la pièce qu'on oublie

Une structure faite de poteaux et de poutres simplement assemblés n'est pas stable latéralement. Poussée par le vent, ou heurtée par une voiture, elle se déforme en parallélogramme et finit par se coucher. Le contreventement empêche ce mouvement.

Sur un carport, il prend le plus souvent la forme de jambes de force ou d'aisseliers : des pièces de bois inclinées, assemblées entre le haut de chaque poteau et la poutre qu'il porte, dans les deux directions. Elles forment des triangles indéformables. On peut aussi fermer une travée par une croix de Saint-André, ou par un bardage sur un côté, qui joue le même rôle.

C'est la pièce la plus souvent négligée sur les carports faits maison, parce qu'elle semble décorative. Elle est pourtant indispensable, et elle se pose dès le montage, pas après.

Couvrir le carport : bac acier, polycarbonate ou membrane

Trois grandes familles de couverture se partagent les carports. Le bac acier est léger, rapide à poser et étanche, mais bruyant sous la pluie et sensible à la condensation en sous-face, que limite un bac avec feutre anti-condensation. Les plaques de polycarbonate laissent passer la lumière, ce qui évite un espace sombre contre la maison, mais elles demandent des fixations adaptées à leur dilatation. Une toiture plate ou faiblement inclinée en membrane d'étanchéité, sur un support en panneaux ou en voliges, donne un aspect contemporain et peut même être végétalisée.

Chaque couverture impose une pente minimale, indiquée par son fabricant, en dessous de laquelle l'eau stagne et s'infiltre par les recouvrements. Orientez la pente pour évacuer l'eau loin de la maison et de l'entrée, et prévoyez une gouttière avec une descente vers un regard, un puisard ou une cuve. Pensez aussi aux charges : une couverture plate retient la neige plus longtemps, et la structure doit en tenir compte.

Le montage, dans l'ordre

Une fois les plots secs et les pieds de poteaux posés, le montage suit un ordre qui évite bien des acrobaties. Dressez d'abord les poteaux un par un, réglez leur aplomb dans les deux sens au niveau et maintenez-les par des étais provisoires cloués au sol. Posez ensuite les poutres en tête, vérifiez leur niveau et leur alignement, puis boulonnez. Mettez en place le contreventement aussitôt, avant même de retirer les étais : c'est lui qui prend le relais.

Viennent ensuite les chevrons ou les pannes, posés à l'entraxe indiqué par le fabricant de la couverture, avec leur pente. Contrôlez que leur dessus forme un plan bien régulier, car une couverture posée sur un support gauche fuit aux recouvrements. Terminez par la couverture, les rives, la gouttière et la descente.

Travaillez à deux au minimum, sur un échafaudage roulant plutôt qu'à l'échelle, et évitez les jours de vent : une poutre ou une plaque de couverture prise par une rafale devient dangereuse.

Le cas du carport adossé

Pour un carport adossé, la muraillère se fixe au mur par des tiges en scellement chimique, dans le béton plein ou avec un tamis dans des blocs creux. Les chevrons s'y appuient par des sabots métalliques. Au-dessus, un solin ou une bande de raccordement recouvre la jonction entre la toiture du carport et la façade, pour que l'eau qui ruisselle sur le mur passe par-dessus la couverture et non derrière.

Vérifiez avant tout que le mur est porteur et capable de recevoir cet appui, et qu'aucune canalisation ni gaine ne passe à l'endroit des perçages. Sur un mur isolé par l'extérieur, la fixation traverse l'isolant et demande des ferrures spécifiques pour ne pas écraser l'isolant ni créer de pont thermique.

Kit ou sur mesure

Le kit a de vrais avantages : pièces prédécoupées, quincaillerie fournie, notice. Il convient bien à un terrain plat, dans une région peu exposée, pour une taille standard. Ses limites apparaissent dès qu'on sort du cas courant : neige abondante, région très ventée, terrain en pente, grande portée entre poteaux, adossement à un mur particulier. Vérifiez dans la documentation pour quelles charges de neige et de vent il a été conçu.

Le sur-mesure par un charpentier coûte plus cher, mais il s'adapte au terrain, au climat et à l'architecture de la maison. Il peut aussi prévoir dès le départ un rangement, un abri vélo ou un futur bardage.

L'entretien du bois

Un carport bien conçu demande peu d'entretien. Le bois non traité en surface prend avec le temps une teinte grise argentée, sans perdre ses qualités si l'eau s'écoule bien. Si vous voulez garder la couleur d'origine, appliquez un saturateur et renouvelez-le quand le bois blanchit. Évitez les vernis filmogènes qui s'écaillent dehors.

Une fois par an, contrôlez les pieds de poteaux, qui doivent rester secs et dégagés, le serrage des boulons, l'état des assemblages et du contreventement, et la propreté de la gouttière. C'est aussi l'occasion de retirer les feuilles et les mousses qui retiennent l'humidité sur la couverture.

Les erreurs les plus fréquentes

  • Des poteaux bétonnés directement dans le sol, qui pourrissent en pied.
  • L'absence de contreventement, qui laisse la structure se déformer.
  • Une pente trop faible pour la couverture choisie, qui fait fuir les recouvrements.
  • Des vis ordinaires à la place de boulons et de quincaillerie protégée.
  • Une muraillère chevillée dans des blocs creux sans scellement adapté.

Le carport adossé à une seule pente reprend exactement la logique d'un abri de jardin ou d'un auvent : pour les détails de cette structure, voyez la charpente une pente d'un appentis. Les autres formes de toiture sont présentées dans la rubrique sur les charpentes en bois, de la plus simple à la plus complète, parmi les guides de Charpentiers France.

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